Origine et histoire de l'Église Saint-Maurice
L'église Saint-Maurice de Lille, située rue Pierre-Mauroy, est un monument emblématique dont la construction s'étend sur plusieurs siècles, de la fin du XIVe à la fin du XIXe. Classée monument historique dès 1840, elle présente une architecture gothique et néogothique, marquée par une nef élancée, un chœur à déambulatoire et des chapelles rayonnantes. Son histoire est complexe, avec des phases de construction, d'agrandissement et de restauration qui reflètent les évolutions architecturales et urbaines de Lille.
La première mention écrite de l'église remonte à 1066, dans un acte de création de la collégiale Saint-Pierre, mais son origine pourrait être plus ancienne, liée à un peuplement primitif ou à un lieu de culte dédié à Mars. La construction de l'édifice actuel débute à la fin du XIVe siècle, avec les deux dernières travées de la nef et le transept. Le chœur, les collatéraux et les chapelles latérales sont ajoutés entre 1421 et 1431, tandis que la nef est agrandie vers l'ouest et une tour construite au XVe siècle. Cette tour, détruite au XIXe siècle, sera remplacée par un clocher conçu par l'architecte Philippe Cannissié.
Au XVIe et XVIIe siècles, des chapelles latérales sont ajoutées, et les voûtes, prévues dès l'origine, sont enfin montées entre 1615 et 1623. La nef est alors surhaussée à la hauteur du chœur, et une tour lanterne en bois est érigée à la croisée du transept. Cette dernière est supprimée en 1805 et remplacée par un « parapluie ». Le XIXe siècle marque une période de restauration majeure sous la direction de Philippe Cannissié, qui unifie l'apparence de l'édifice et ajoute des sacristies, des travées occidentales et un clocher. L'église, initialement pressentie pour devenir cathédrale, voit son projet avorté avec la construction de Notre-Dame-de-la-Treille.
L'intérieur de l'église, dépouillé lors de la Révolution française, est enrichi au XIXe siècle par un mobilier néogothique et des vitraux signés Charles Gaudelet et Victor Mottez. Plusieurs bombardements aux XXe siècle endommagent les verrières, remplacées par Pierre Turpin. En 2001, un incendie criminel ravage la sacristie sud, déclenchant une campagne de restauration qui se poursuit jusqu'en 2020, incluant la réfection des toitures, des façades et du parvis. L'église abrite également des œuvres d'art notables, comme des tableaux de Jakob van Oost et Louis Joseph Watteau, ainsi qu'un monument funéraire dédié au duc de Berry.
L'architecture de Saint-Maurice est remarquable par son style d'église-halle, où tous les vaisseaux sont de même hauteur, et son chevet original inspiré de l'ancienne collégiale Saint-Pierre. Le décor intérieur, sobre mais élégant, comprend des colonnes à chapiteaux de feuilles de chou frisé et un déambulatoire ajouré. À l'extérieur, la façade combine des éléments gothiques et néogothiques, tandis que la tour, haute de 57 mètres, domine le paysage urbain. L'église reste un témoignage majeur de l'histoire religieuse et architecturale de Lille, mêlant héritage médiéval et interventions modernes.
La paroisse Saint-Maurice, l'une des plus anciennes de Lille, comptait parmi les plus peuplées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Son territoire, étendu par les agrandissements successifs de la ville, reflète son importance historique. Aujourd'hui, l'église continue de jouer un rôle central dans la vie culturelle et spirituelle de Lille, tout en attirant les visiteurs pour son patrimoine artistique et son architecture unique.